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Radio Nova

« Robert Biver, c'est un Don Quichotte au regard acéré. Le "respect de l'autre", voilà la passion de ce cinéaste engagé. Et la lutte contre l'exclusion, son cheval de bataille. Il a monté "Zéro Franc Production", une association qui a pour objectif de produire et diffuser des films, fictions et documentaires à but social et traitant l'exclusion sous toutes ses formes. "Des films qui vont au fond des choses", précise l'artiste altruiste qui vit toujours du RMI.

Le fond des choses, ce Luxembourgeois parisien d'adoption a réussi à l'atteindre avec L'envol de l'autre, un film qu'il réalise sans budget de 1996 à 1999, consacré à la lutte des sans-papiers de Saint-Bernard et d'ailleurs. Un document exemplaire qui a reçu le soutien artistique de six cents bénévoles (parmi lesquels des sans-papiers mais aussi des comédiens comme Emmanuelle Béart, Lou Doillon, Dolorès Chaplin ou Denis Lavant) mais qui se retrouve, aujourd'hui encore, bloqué en diffusion, pour une affaire de droit d'images (celles de l'expulsion de l'église Saint-Bernard). Résultat : aucune chaîne française n'a encore pu le diffuser. Qu'importe, ses films se situent en marge de la télévision commerciale. Son ton libre trouve d'avantage de succès dans les festivals.

Actuellement, Robert Biver tourne un film consacré aux SDF, avec sa fille de 15 ans, Aude-Laurence, dans le rôle de l'héroïne. C'est l'histoire d'une jeune fille à la découverte du monde des exclus, l'histoire de son regard sur cet univers à part. Appel aux mécènes, et à toutes les bonnes volontés : le film, malgré son exigence de qualité, se fait avec quatre bouts de ficelle et nécessite tuyaux et deniers pour avancer. En projet, une pièce de théâtre traitant du racisme et la création d'un festival cinématographique consacré aux questions liées à l'immigration. Respect, Robert ! »

Les Inrockuptibles

Parce que la fin justifie les moyens, ce cinéaste, indépendant malgré lui, tourne pour ouvrir les yeux sur une autre réalité. "La camionnette ne passera pas". Epreuve du jour pour Robert Biver : la camionnette qui transporte le matériel et la nourriture pour l'équipe de tournage est trop haute pour passer la barrière qui mène à la plage de Deauville. Qu' à cela ne tienne, on contournera pour rejoindre la mer. Contourner. La règle de Biver pour mener à bien Zéro Franc Productions, son association.

"Je suis réalisateur de formation. Y'a eu un trou dans ma vie, je me suis retrouvé dehors. C'était à l'époque de la rue du Dragon ; des débuts de Droits devant. Je me suis alors dit que je ne pouvais plus refaire le monde au café du coin. En 96, j'étais dans l'église Saint Bernard avec les sans papiers. Je me suis fait virer avec eux. Ça m'a pris à la gorge et je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose pour montrer ce qui s'était passé. A ce moment, j'étais Rmiste. Mais j'ai fini par faire un long métrage, avec des hauts et des bas, sur deux ans et demi. Zéro Franc Productions a alors germé : l'idée de réunir un maximum de gens de tous bords pour monter des productions à but social et humanitaire. Je pars d'un principe très simple : quand les gens arriveront à se voir, à se respecter, ça donnera une autre dimension au monde."

L'Envol de l'autre, son premier film, n'est toujours pas diffusable en télé ou au cinéma, faute de droits sur certaines images. Aujourd'hui, il tourne "SDF Go Home", "une réflexion plus large sur la misère par le biais des SDF, via deux gamines qui découvrent le monde de la rue. Un mélange docu et fiction. Le choix de faire une fiction? Parce qu'elle est mieux acceptée par le public et qu 'elle permet de transmettre des informations concrètes en laissant parler les SDF —  sur, par exemple, leur rapport aux maladies. Le film se terminera d'ailleurs sur la disparition d'un d'entre eux : les filles vont découvrir un cadavre un matin. Qu'est-ce qui se passe dans ce cas-là ?"

A Deauville, pendant le Festival du film américain, il ne se passera pas grand-chose. Les vigiles semblent indifférents à ce qui ressemble à une paisible colonie de vacances. "Dans mon film, il y a une scène qui se tourne sur une plage, Deauville et son festival me sont apparus idéaux comme symboles de la richesse. Les Américains sont capables de mettre 20 000 € dans un buffet alors qu'avec la même somme nous faisons un film. On tourne sans aucune autorisation, mais ça me semble important pour montrer que d'un côté il y a tout, de l'autre, il n'y a rien. (...)" »

Journées cinéma de Montauban

« L'après-midi de ce 5 juillet restera à coup sûr un des moments forts de ces Journées Cinéma de Montauban. Nous avons eu le bonheur de recevoir ensemble Nicolas Klotz et Robert Biver, réalisateurs qui s'imposaient dans cette déclinaison de films, axée sur le thème "Croire au Cinéma".

(...) Ils s'imposent ainsi parmi ces réalisateurs pour lesquels le cinéma se doit d'abord de répondre de et à réalité sociale et politique. (...) Entre autres choses, il a été dit ici que travailler avec des pauvres dans notre monde est pire que le blasphème au temps de l'inquisition, que le monde de la richesse évacue le réel auquel seuls les pauvres se confrontent (on trouve ici un écho d' un leitmotiv de certains films de Jean-Luc Godard : "Les pauvres ont toujours raison.")

Aucun voyeurisme, nul misérabilisme ici, mais seulement une inlassable poursuite et quête de réponse à ce que Nicolas Klotz considère comme la plus belle question que l'on puisse se poser lorsqu'on est cinéaste : "Qu'est-ce qu'on fait avec le réel ? "Cette question, on commence à y répondre lorsqu'on la partage avec l'autre — c'est à ce partage qu'ils nous ont invité et on les remercie." »

Luxemburger Wort

Le cinéaste luxembourgeois Robert Biver poursuit son combat pour le respect de l'autre. Avec "Zéro Franc Production" Robert Biver, cinéaste luxembourgeois vivant à Paris, a créé une association qui a pour but de produire et de diffuser des films et des documents audiovisuels "sur des sujets de société qui sont peu couverts par la télévision ou le cinéma". Attachée à la lutte contre l'exclusion sous toutes ses formes, l'association cherche à donner la parole "à ceux qui, économiquement faibles ou rejetés socialement, n'ont pas accès aux médias et à l'expression audiovisuelle". (...)

Dans ce cadre, Biver tourne actuellement, à Paris, un film sur les SDF, un film "sur la misère, des jeunes aussi". A travers les expériences d'une jeune fille de quinze ans, sa découverte brutale du monde de ces "marginaux", Robert Biver prolongera le spectateur dans l'univers cruellement réel des laissés pour compte. Les SDF du film, Biver les a rencontrés en plein Paris, dont un garçon de quinze ans qui vit dans une voiture abandonnée. (...)

Pour mener à bien ces projets Biver et son association ne comptent point hésiter "à remuer ciel et terre, à s'adresser aussi bien aux hautes sphères qu'à tous les échelons de l'échelle sociale, politique et autres, afin, comme c'est notre dessein, de susciter partout une meilleure intelligence de notre prochain". (...)

A cet effet, Robert Biver a besoin d'un coup de pouce, entre autres financier : "Nous nous adressons à toute personne qui de par ses moyens, ses aspirations du cœur et de l'esprit, ses réflexions plus au fond, ses valeurs esthétiques morales ou intellectuelles, désire nous aider, à mesure qu'un jour, grâce au concours de chacun, il existe pléthore de créations qui, en raison de leur contenu, ne pourront être ignorées." Cet appel au soutien, Biver le lance aussi aux Luxembourgeois qu'il invite à s'associer d'urgence à son film, "SDF go home", pour lequel il vient d'obtenir un soutien de la part du Fonds culturel luxembourgeois. (...) »